
Le prédicateur
Drame de Robert Duvall
Après La Dame du vendredi en mai dernier, suite du cycle You're talking to me ? Le très parlant cinéma américain avec une œuvre à la fois très singulière et représentative d'une veine du cinéma américain vouée aux puissances de la parole et du chant : celle des films consacrés à des prédicateurs religieux, du Pélerin de Charlie Chaplin au Malin de John Huston en passant par Hallelujah de King Vidor, La Femme aux miracles de Frank Capra, Elmer Gantry le charlatan de Richard Brooks et l'inoubliable Nuit du chasseur de Charles Laughton.
En 1997, Le Prédicateur (The Apostle) s'ajoute sans démériter à cette superbe liste : Robert Duvall (connu du grand public en tant qu'acteur de M.A.S.H., des deux premiers Parrain et d'Apocalyse Now), ici réalisateur et interprète principal, y dépeint Sonny Dewey, un prédicateur pentecotiste habité par une foi profonde, mêlée d'un tempérament violent. Suite à l'un de ses coups de sang, il part sur les routes, à la recherche d'une église à rebâtir…
À sa sortie éhontément confidentielle, Le Prédicateur frappa durablement l'esprit des rares qui eurent la chance de le voir. Aux yeux de certains dont l'auteur de ces lignes, c'est l'un des deux ou trois plus grands films américains des trente dernières années — et nullement un outil de propagande religieuse : l'extrait du texte de Kent Jones reproduit ci-dessous devrait rassurer sur ce point !
Films à venir du cycle You're talking to me ? Le très parlant cinéma américain :
. 8 octobre : Lifeboat (id., 1944) d'Alfred Hitchcock ;
. 5 novembre : Portrait of Jason (id., 1967) de Shirley Clarke ;
. 11 février : Bulworth (id., 1998) de Warren Beatty ;
. 4 mars : Madame porte la culotte (Adam's Rib, 1949) de George Cukor ;
. 15 avril : The Intruder (id., 1962) de Roger Corman ;
. 27 mai : Les blancs ne savent pas sauter (White Men Can't Jump, 1992) de Ron Shelton.
2h14 • 1997 • US (vost)
Avec Robert Duvall, Farrah Fawcett, John Beasley, Miranda Richardson
« Il y a peu d'aspects de la vie américaine qui me sont plus menaçants et plus étrangers que le catholicisme intégriste. (…) De la masse des croyants qui suivent ces grandes figures, je me faisais une image stéréotypée (stades emplis de gens en transe, à demi décérébrés). Avec ce film magnifique et passionné, Duvall déplace la question. Grâce à lui, on quitte enfin le terrain de la politique réactionnaire, du spectacle médiatique et même du catholicisme américain pour s'attacher à des gens qui vivent la religion comme une expérience extatique qui leur permet de souder leur communauté et — dans le cas d'individus comme Sonny — de contrôler les plus destructeurs de leurs penchants. » – Kent Jones, Cahiers du cinéma, n° 525, juin 1998.